La photographie est venue tôt, sans toujours un très bon matériel ni de bons résultats. C'est sans doute ce qui m'a obligé à acquérir les bons réflexes — composer avec ce qu'on a, faire avec la lumière qui passe. Année après année, mon matériel est devenu plus performant, mais l'œil s'était déjà fait. Mon métier est prenant : l'ingénierie de la machine-outil demande exigence et précision, un univers où chaque micron compte. Quand je quitte le bureau et l'atelier, j'ai besoin d'un autre rythme : celui des lumières qui changent, du silence, d'un paysage du Haut-Doubs, du Beaufortain ou d'un pays nordique… que je crois connaître et qui ne se répète jamais.
Je ne traque pas l'image rare. Je marche, je regarde, parfois je sors le boîtier. Souvent je rentre sans rien — ce n'est pas grave. La photo que je garde est celle qui m'a vraiment arrêté, pas celle que je voulais ramener.
Ce carnet est un endroit où poser ce qui mérite d'être revu : une crête sous une lumière qu'on n'attendait plus, une brume qui s'étire au fond de la vallée, un détail au sol que personne ne remarque. Rien n'est mis en scène, rien n'est argumenté. C'est ce que j'ai vu — recadré peut-être, jamais inventé.